Label Science avec et pour la société (SAPS) : retour d’expérience dans cinq centres INRAE
Entre 2021 et 2023, INRAE en est le premier bénéficiaire en tant que tutelle hébergeante, avec quatorze projets sélectionnés1. Fin 2024, alors que la troisième vague du label débutait, nous avons interrogé cinq centres INRAE partenaires d’universités labellisées SAPS, parmi plus d’une dizaine avec lesquelles l’Institut contribue. Les échanges ont permis de mieux connaître les bénéfices du label pour la réalisation et la visibilité des projets. Ils ont également mis en lumière les enjeux du développement de la science ouverte.
La structuration d’un réseau et des projets originaux dans les territoires
En ligne avec les objectifs de la labellisation SAPS, des réseaux partenariaux se sont organisés juridiquement à l’occasion de la réponse à AAP piloté par le MESRI. En Région Centre Val de Loire, un consortium régional a formé un réseau suscitant une dynamique entre des acteurs divers. « Participer au consortium nous ouvre sur les sujets des autres membres et facilite la communication entre des disciplines qui ne se seraient jamais croisées », explique Élodie Chaillou, chargée de recherche du centre INRAE Centre Val de Loire. « Nous nous sommes familiarisés avec la culture et le lexique des autres ».
Pour d’autres centres, devoir créer des actions ensemble a permis de générer un esprit de communauté : « Le label a forcé les acteurs à se parler et proposer des projets, ce qui a impulsé sur le territoire une dynamique positive autour de SAPS », souligne Pascale Frey-Klett, directrice de recherche du centre INRAE Grand Est Nancy. En Nouvelle-Aquitaine, la communauté SAPS de l’université de Bordeaux a reçu le label lors de la première vague en 2022. Depuis une trentaine de personnes se réunissent chaque mois. « C’est un réseau qui marche bien et de mieux en mieux, car on se connaît mieux, on communique mieux et on crée du lien autour des actions qu’on met en place pour porter une cause commune : un accès à la science pour tous », se réjouit Coline Verneau, responsable communication du centre INRAE Nouvelle Aquitaine-Bordeaux.
Une montée en puissance et en visibilité des actions SAPS
Sur les territoires, le label a favorisé la montée en puissance des actions SAPS en donnant de l’ampleur à celles existantes ou en favorisant la création de nouvelles actions. Les fonds SAPS ont permis le recrutement de personnes dédiées au pilotage ou à la mise en place des projets. Ils ont également servi à l’organisation d’événements, la formation, des ateliers d’expérimentation de la recherche par le grand public, la création d’outils ou encore la communication.
Le label a permis d’augmenter la visibilité des actions SAPS, indispensable à leur réussite. « Le label nous a rendus visibles à plusieurs niveaux : auprès des ministères par la remontée de nos rapports réguliers, auprès des acteurs du territoire (comme les collectivités) qui peuvent apporter un soutien financier complémentaire et auprès des citoyens qui profitent de nos actions. Il nous a aussi rendus visibles auprès des collègues INRAE qui ne sont pas tous au même niveau de connaissance et d’acculturation sur ce volet SAPS », résume Pascale Frey-Klett du centre INRAE Grand-Est Nancy.
La labellisation est aussi un gage d’engagement et de qualité au service des sujets SAPS. L’afficher sur les outils de communication de tous les partenaires donne une cohérence, un repère pour la population et permet un effet de masse qui augmente la portée des travaux. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, un axe « tourisme scientifique », porté par Armelle Favery, a été développé dans le cadre du projet « Science Azur ». Il intègre la parution annuelle d’un guide présentant les portraits de grands scientifiques des Alpes-Maritimes et la programmation des espaces de médiation scientifique gérés par les organismes de recherche et l’université Côte d’Azur : Villa Thuret, Terra Numerica, Universarium, Village des Agrosciences, Festival des sciences, etc.
Enfin, pour toucher un large public, les actions doivent dépasser les grands centres urbains. L’essaimage des actions SAPS est l’un des axes prévus dans le projet TEEPEE en Centre Val de Loire. Avec le slogan « Pas de zone blanche pour la science », son objectif est de s’appuyer sur un maillage de structures rurales existantes susceptibles de toucher un public éloigné et de le croiser avec les publics dits « empêchés » : maisons d’arrêt, Ehpad, structures d’accompagnement du handicap… « Tout faire pour tout le monde et partout étant impossible, ce double maillage au niveau géographique et de la typologie de publics permet de cibler des actions à développer en priorité », explique Élodie Chaillou, co-coordinatrice de cette action d’essaimage.
Un effet retour bénéfique sur les communautés de recherche
À Nancy, l’un des axes de la labellisation SAPS concerne l’appui aux sciences et recherches participatives. Il est porté par le centre INRAE Grand Est en lien avec le dispositif « Tous Chercheurs », un réseau national de laboratoires de recherche ouverts aux publics. Il a notamment permis de développer son outil pédagogique Expli’CIT, un jeu composé de « cartes-mots » pour échanger sur les cheminements conduisant à la production de nouvelles connaissances. Alors que cet outil était destiné aux non-professionnels dans des stages participatifs, son utilisation a été élargie aux rencontres interdisciplinaires entre chercheurs : « C’est un moyen de créer l’échange entre des collègues amenés à travailler ensemble mais qui n’ont pas les mêmes pratiques de recherche », explique Pascale Frey-Klett, l’une des créatrices du jeu.
En bref, le label SAPS attribué à certains sites universitaires a permis, en lien avec INRAE, de consolider des actions et d’en créer de nouvelles :
- à Nancy, le renforcement de la plateforme Tous Chercheurs ;
- à Bordeaux, l’ouverture de tous les sites INRAE du territoire aux scolaires, en lien avec le rectorat ;
- à Marseille, l’accueil et la prise en charge financière de stagiaires en master médiation scientifique pour travailler au côté des chercheurs ;
- en Centre Val de Loire, l’émergence de nouveaux collectifs engagés dans des recherches participatives ;
- à Dijon, l’animation d’un hub mettant en relation les acteurs de la société civile avec des chercheurs.
Sensibilisation, communication et formation : des leviers à actionner
Le courant SAPS valorise les sciences et recherches participatives (SRP), qui peinent encore parfois à être pleinement reconnues et comprises au sein des communautés de recherche. Les SRP ne s’opposent pas aux démarches scientifiques classiques mais les complètent.
Le centre INRAE Bourgogne-Franche Comté (BFC) a lancé une enquête portant sur quatorze projets de SRP, suivie d’un séminaire rassemblant les participants aux projets. Les spécificités, réussites et freins des approches participatives ont pu être analysés. Le séminaire a également été l’occasion d’un temps d’échanges avec d’autres dispositifs tels que les boutiques des sciences. « Sans les moyens du label, il n’y aurait pas eu cette émulation et ce début de lien entre les personnes », note Caroline Laval, responsable formation du centre INRAE BFC. « Nous ambitionnions de créer un réseau des porteurs de projets en SRP sur la région : nous en avons jeté les bases et lui avons donné de la visibilité, par exemple avec « L’Expo qui prend la tête » à Besançon ».
De la méconnaissance au manque de légitimité, il n’y a qu’un pas que Pascale Frey-Klett réfute : « Je n’ai jamais considéré la science ouverte comme une question d’acceptabilité de la recherche par les citoyens, mais de perspective de bénéfices réciproques. Le monde de la recherche a tout autant à gagner que la société. Le soutien d’un organisme de recherche aux programmes SAPS est donc complètement légitime ».
Par ailleurs, même si l’intérêt des scientifiques pour la médiation scientifique s’accroît, la médiation demande un changement de posture qui n’est pas forcément aisé pour tous. À Bordeaux, Coline Verneau a de plus en plus volontaires pour s’exprimer auprès des scolaires, des journalistes et du public, mais cela peut demander une préparation. « Chaque fois qu’un nouveau volontaire se présente, je prends le temps de l’aider s’il n’a jamais fait de médiation scientifique avec des exemples ou des mises en situation », précise-t-elle.
Enfin, puisque le label et ses fonds sont attribués pour trois ans, la question de la pérennité se pose. Que deviendront ensuite les actions ? Dans les centres où les actions reposent sur une ou deux personnes recrutées grâce à ces fonds, l’inquiétude se fait sentir. Dans d’autres où le réseau est solidement structuré, parfois même avant la labellisation SAPS, on est plus confiant : « Nos actions structurent les pratiques et nous créons des outils. Les dynamiques fonctionnent bien, les habitudes sont prises, le maillage est là et le processus aussi », rassure Armelle Favery du centre INRAE Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Merci aux contributrices :
- Armelle Favery, responsable communication et médiation scientifique, centre INRAE Provence-Alpes-Côte d’Azur
- Caroline Laval, responsable formation, centre INRAE Bourgogne-Franche Comté
- Coline Verneau, responsable communication, centre INRAE Nouvelle Aquitaine - Bordeaux
- Élodie Chaillou, chargée de recherche, et Anne Collin, directrice de recherche, centre INRAE Centre Val de Loire - Tours
- Pascale Frey-Klett, directrice de recherche, centre INRAE Grand Est - Nancy
1. Bilan des appels à projets Sciences avec et pour la Société (SAPS) de type Recherche-Action (RA) sur la Plateforme des données ouvertes de l'ANR : https://data.anr.fr/pages/science-avec-et-pour-la-societe/
🔎 Science avec et pour la société, les mesures issues de la LPR : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/science-avec-et-pour-la-societe-les-mesures-issues-de-la-lpr-49218